Sites de Conso Collab et P2P : une histoire de vidéos

Elles sont originales et efficaces, pourtant elles se ressemblent. Selon les points de vue, web-entrepreneur, utilisateur ou journaliste, les vidéos de consommation collaborative n’ont pas le même effet. 

vidéo de conso collab, le making-of, comment faire une vidéo claire, concrète, précise, originale pour son site de service en pair à pair ou de consommation collaborative.


Les sites proposant des nouveaux services de consommation collaborative ou de pair à pair sont maintenant nombreux. Partout on trouve le même onglet : « Comment ça marche ? » où les utilisateurs découvrent le service par une vidéo explicative.

Comment faire une vidéo attractive et originale pour faire grandir sa communauté ? Quelle est sa réelle plus-value ? Comment touche-t-elle le public ?

Au-delà de leurs objectifs, ces vidéos racontent une méta-histoire : la naissance d’une communication propre à la collaboration numérique.

Analyse non exhaustive avec l’avis d’une nouvelle utilisatrice de Conso Collab et un Web-Entrepreneur.

Malaika


Malaika Belotto
qui reprend des études en développement durable. Malaika a participé à son premier OuiShareDrink à Lyon au mois de septembre 2013. Elle pratique le couchsurfing, est adhérente d’une AMAP, participe à un compost collectif et souhaite développer le Troc de presse dans son immeuble.

DD2
Damien Durrleman
, commercial, manager, spécialiste du marketing. Damien lance actuellement Be2Biz, une plateforme de troc entre professionnels. Basé à Nantes, Damien a lancé Toile2Vert, une application smartphone éco-citoyenne qui répertorie les points de collectes des déchets et les modes de transports sur l’agglomération nantaise.

# 1 Cartelier : l’esquisse de vidéo

Avant-projet de cartographie de consommation collaborative crée lors d’un OpenSchoolWeekEnd à Saint-Etienne en mars 2013. La vidéo, a été écrite, réalisée, enregistrée en une après-midi. Le projet est toujours en cours de construction avec une fiche collaborative sur Imagination for People :

Après cette vidéo, avez-vous envie de vous inscrire sur cartelier.org ?

Damien : « Je ne vois pas la promesse sur le site que je vais retrouver à l’arrivée. Elle manque de fun, de dynamisme ! J’ai la sensation que c’est un nième réseau social : si je m’inscris que vais-je trouver ? Des gens dans la conso collab, des réseaux ressources ? Le but est-il de remettre de la vraie vie dans les réseaux sociaux ? Je vais rencontrer des gens dans une ville, je vais me sentir moins seul et après ? Cela manque de clarté et d’homogénéité, l’offre aurait besoin d’être clarifier. De plus, je connais plusieurs projets avec un objectif similaire qui se développent actuellement : il y a la chaîne du coeur, ou une boîte plus B2B, troovon.fr. »

 Malaika : « J’aime cette vidéo, elle assez courte, j’ai l’impression que le projet est clair. Je n’ai pas besoin d’en savoir plus : j’aime bien le format 40 secondes, quatre-cinq personnes suffisent, pas besoin d’en savoir plus sur le profil de chaque acteur. J’aime bien le côté artisanal des dessins. J’ai l’impression que la cartographie met en relations des utilisateurs de ConsoCollab, elle permet à ceux qui s’installent dans une ville de vite intégrer un réseau. Le projet m’intéresse car aujourd’hui il n’est pas évident d’avoir un annuaire, un outil qui recense les moyens de pratiquer la Conso Collab. Le projet Cartelier apporterait un vrai plus. »

Point de vue : Ici l’utilisatrice et le businessman ne partage pas le même point de vue : leurs buts et interprétations diffèrent.
– L’utilisatrice souhaite intégrer une communauté, profiter de la ConsoCollab pour vivre moins cher et faire plus de rencontre, Cartelier comme outils de recensement répond à son besoin.
– Le webentrepreneur souhaite une offre plus claire et lisible pour toucher un public-cible.
Pour les réalisateurs de la vidéo, il s’agissait de mettre en avant des « scénarios d’usages », Cartelier pour qui ? Cartelier pour quoi faire ?  La simplicité des dessins et du montage s’explique par ses conditions de fabrications : peu de temps, peu de moyens et zéro budget. Mais pourquoi ne pas avoir fait une interview ? Un dialogue ? Un podcast ? Parce que les créateurs du projet -dont je faisais parti- ont voulu s’inspirer de d’autre vidéo, avec en tête celle qui va suivre :

#2 La vidéo communautaire, La ConsoCollab par Adesias

C’est la vidéo de la consommation collaborative, toujours présentée aux nouveaux publics pour les toucher. Elle a été réalisée par le studio Adesias après 6 mois de réflexion avec la communauté OuiShare.

 

Est-ce que cette vidéo marche ?

Damien : « C’est clair, net et précis, il y a un peu d’humour, c’est top ! La vidéo apporte une réponse aux questions que les gens se posent tous les jours. Mon pouvoir d’achat devient visuel. On retient l’image des deux bonhommes rouges qui représente les 20 % de la pop, plus que le chiffre 20 %. Les réalisateurs se sont adaptés à la cible en prenant n’importe quel péquin moyen. Ils donnent envie, en filigrane le message est : « tu as le droit de plaindre, mais tu peux agir ! ». Résumer en trois minutes une révolution économique, c’est un sacré boulot ! »

Malaika : « Elle est rigolote et très facile à comprendre. Les gens qui ne comprennent pas la consommation collaborative comprennent qu’ils la pratiquent déjà. »

A la fin de la vidéo on trouve un trait d’humour : « Ben pourquoi ça marche pas ? » La ConsoCollab, pourquoi ça ne marche pas ?

Damien : « Pour le moment c’est encore tout neuf, quand je parle de la conso collab, c’est une vraie révolution. Une mutation à laquelle tout le monde participe. Mais les gens n’ont pas encore mis le mot dessus. Et puis il faudrait plus de membres… »

Malaika :  « Pourquoi la ConsoCollab n’est pas plus connue ?  C’est drôle la vidéo donne l’impression que ce sont des choses élémentaires, basiques, que tout le monde devrait être à fond dedans. Même si les idées sont évidentes, les gens n’ont pas encore pris les bonnes habitudes. C’est un changement de paradigme : des choses basiques qui amélioreraient la vie de tous. Mais il y a un manque d’adhésion, ça reste « underground », une niche, un truc  de partage qui se répand chez les gens déjà investis dans les associations ou les réseaux. Comme il n’y a pas beaucoup de pubs, si quelqu’un n’est pas sensible à toutes ces causes, il ne sera pas touché. Peut-être que l’économie collaborative aurait besoin d’une grosse campagne de pub plus traditionnelle. »

Point de vue : Cette vidéo en a inspiré beaucoup d’autres, son efficacité ne se dément jamais. Mais elle se partage… sur Internet… où toutes les minutes l’équivalent de deux heures de programme télé est versé sur Youtube, où tout le monde ne suit pas nécessairement les mêmes sujets, où tout le monde n’est pas nécessairement connectés… quid de la fracture numérique ? Si on se borne au statistiques Viméo, à ce jour, cette vidéo aurait été vu 21 400 fois… très peu au regard des statistiques du divertissement sur la toile. Cette vidéo a le mérite de prouver que la limite et la force de la consommation collaborative résident au même endroit : le numérique.

#3 La version béta : Somhome 

Somhome veut régler la crise du logement avec la mise en relation entre locataire et propriétaire en P2P.

Damien : « Ca ressemble beaucoup à Adesias, on retrouve les mêmes leviers, le côté « ça parle ». La problématique est bien identifiée dès le départ et l’offre est proposée de manière rigolote. Toutes les contraintes habituelles du logement sont présentées, tu n’as pas besoin de lire… honnêtement j’ai envie de m’inscrire même si je ne suis pas concerné. »

Malaika : « Je ne connaissais pas du tout, ça existe déjà ? C’est marrant ! Je reprochais aux premières vidéos, le noir et blanc, là il y a un bon mix esthétisme/graphisme, la voix est sympa c’est très clair, ça a l’air tellement simple, l’idée est assez séduisante. »

Point de vue : Les mêmes formes et la même narration reviennent : des images animées et un ton humoristique. Ici il s’agit d’un scénario d’usage à la troisième personne : « Carl, trois mois qu’il cherche », mais ici Carle n’est pas un usager, c’est le public-cible de l’offre : un locataire. Les sous-locataires et colocataires sont relayés en fin de vidéo. Utilisatrice et web entrepreneur sont séduits, c’est bien, utiliser ce site plutôt qu’un autre ce serait mieux. L’avenir dira donc en quoi cette vidéo de présentation est efficace, Somhome étant encore en version béta.

#4 La Start-up La Ruche qui dit oui

La Ruche qui dit Oui, c’est l’AMAP en 2.0.

Damien : « Je ne l’avais jamais vu auparavant, elle vaut un business plan ! Je suis business angel, je suis prêt à investir sans lire le business plan. C’est cadré, structuré, l’explication du problème et les solutions sont là. Ca concerne tout le monde, le fonctionnement du système est clairement expliqué. En trois minutes ils résument les six mois de réflexion pour trouver l’idée.
Je suis inscrit à la Ruche mais je n’ai jamais utilisé le service, car je ne me sens pas concerné. En revanche, je parle de la Ruche qui dit oui, je comprends qu’il ya un vrai intérêt donc je diffuse l’info. »

Malaika : « Dans l’absolu, si je n’étais pas adhérente d’une AMAP, le principe me parle. J’avais entendu parler de la Ruche qui dit Oui sans savoir ce que c’était. Avec la vidéo, je comprends mieux le principe, elle est pédagogique. Je la préfère aux trois premières vidéos : il y a des couleurs, même si elles pourraient être plus jolies. Et on ne voit pas les têtes, elles sont coupées ! »

Point de vue :  « VOUS faites une tarte », comme pour la Conso Collab, le parti pris est l’adresse direct au spectateur : on VOUS parle. Cette vidéo se démarque des autres de par son caractère sérieux : elle intéresse plus le web-entrepreneur que l’utilisatrice « elle vaut un business plan. » Ce n’est pas une simple histoire : c’est la présentation d’une réalité et ses solutions qui vise à inscrire tout le monde.

#5 Les vidéos de ConsoCollab demain : animée ou réelle ?

Damien après avoir livré tes réactions sur quatre vidéos, quelles enseignements et conclusions en tires-tu pour ton prochain site Internet ?

Damien : « Je fais du troc entre particuliers, c’est de l’économie collaborative mais B2B (Business to business, inter-entreprises). Ma problématique : peut-on s’adresser de la même manière aux pros et aux particuliers ? Je considère qu’un pro est un particulier qui bosse. Pourquoi ne pourrait-on pas lui parler de la même manière ? Pour ma boîte, je voulais une vidéo dans le même esprit, c’est plus original et moins ostentatoire qu’une vidéo classique avec des comédiens. On donne l’impression qu’avec peu de moyens on fait beaucoup. Mais en réalité, je suis sûr que cela coûte cher. D’ailleurs la seule chose qui manque aujourd’hui dans les vidéos ce sont les tarifs, pour l’inscription ou l’abonnement : combien ça coûte ? »

Mais finalement toutes ces vidéos se ressemblent, déjà de par leurs caractères animées ?

Malaika : « Dans ma tête j’ai associé la plupart des vidéos de conso collab aux petits dessins. C’est une représentation du mouvement. C’est peut être aussi ce qui fait que la conso collab reste confinée à un groupe d’initiés. Avec des vidéos de marketing plus traditionnels, les idées toucheraient peut-être plus de monde. Pour la Ruche qui dit Oui, j’aimerais bien voir en vrai les gens, les producteurs, les légumes. Pour Somhome, j’aimerais bien une interview d’un propriétaire, d’un locataire qui nous disent : « voilà, j’ai trouvé cet appart, j’ai loué mon appart grâce au site… » »

Point de vue : Qui dit nouvelle économie dit nouveaux formats. Ni tutoriel, ni publicité ces vidéos explicatives accouchent d’un nouveau langage, un nouveau récit.
En parallèle se développe aussi la facilitation graphique : plus de dessins pour une compréhension plus directe. Il n’y a pas que dans la conso collab que le graphisme a le vent en poupe : récemment lemonde.fr présentait le budget de l’état sous forme de graphisme animé. Néanmoins toutes les vidéos de sites de conso collab ou service en pair à pair se ressemblent. A quelques détails près, la même formule est employée : ce nouveau récit est-il efficace pour l’ensemble du mouvement ? Est-ce la meilleure promotion possible pour son site Internet ?  Comment être encore original après tant de créativité ? A force de s’inspirer les unes des autres, les vidéos pourraient bien tourner en rond.

Aurélien Marty

3 réflexions au sujet de « Sites de Conso Collab et P2P : une histoire de vidéos »

  1. Ping : Sites de Conso Collab et P2P : une histoire de ...

  2. Ping : La quête du logement et ses milles chemins numériques | La Vie Cheap

  3. Ping : Gestionnaires de communautés : la première ligne de l’économie collaborative | LA VIE CHEAP

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s