Jet1vite : l’ovni de la Consommation Collaborative

Couleur bleue et trois petits doigts levés. Au premier abord Jet1vite est un petit site de consommation collaborative qui a de quoi surprendre.

JeT1vite2

Construit par un bataillon de bénévoles en OpenSource, sans pub, sans échanges monétaires et sans revenus pour ses fondateurs, Jet1vite est un véritable ovni de la ConsoCollab.
Le principe du site est simple : je t’invite alors on m’invitera, le tout gratuit !
Oui, il faut bien comprendre, si vous invitez quelqu’un au resto ou au ciné, c’est vous qui payez et on vous invitera en retour.
Entretien avec les deux fondateurs Saïd Al et Julien Watt.



Il y a deux mois vous aviez contacté la Vie Cheap, juste après la création du site, nous avions eu des échanges nourris qui ont finalement contribué à l’amélioration du site. Aujourd’hui vous annoncez 2000 membres, comment le vérifier ? Comment expliquer ce petit succès, sans moyens et sans pubs ?

Pour être exact nous avons 2000 inscrits, chacun peut le vérifier manuellement sur le site. Mais ces 2000 inscrits ne sont pas tous des « membres actifs ». Concrètement on peut expliquer notre succès grâce au site radin.com qui a relayé notre arrivée sur le Web. En moins de deux jours, nous avons eu 10 000 connexions, alors que le site était loin d’être au top. Nous avons eu 10 % d’inscrits sur ce flux. Nous n’avons pas les moyens pour une grosse com’, mais nous sommes actifs sur les forums et les réseaux sociaux.

Comment est venue l’idée de créer jet1vite ?

Nous nous intéressons à la ConsoCollab depuis un an et demi. Nous y sommes arrivés naturellement par le CouchSurfing. On aimait bien l’esprit général : je t’héberge chez moi, alors héberge-moi. On s’est intéressé à toutes les facettes du milieu : covoiturage, réseaux sociaux de trocs, le Bon Coin… on utilise la ConsoCollab pour tout ce qu’on fait. Le point négatif : avoir un profil actif dans une dizaine de sites, sans pouvoir mettre en commun toutes nos expériences.

Entre pratiquer la ConsoCollab et lancer son site, il y a un saut à franchir…

On est parti du principe d’un site test, on s’est dit pourquoi ça n’existe pas : invite-moi, quelqu’un d’autres t’inviteras ! Le même principe existe sur CouchSurfing. Nous faisons partis du mouvement collaboratif sans faire partie du mouvement de l’économie collaborative : nos membres ne tirent pas profits des invitations. Il n’y a pas de moteur économique, on reste sur la tendance du CouchSurfing. On propose sans rien attendre en retour. Si on avait trouvé un site comme ça il y a un an on se serait inscrit direct et on aurait participé.

Vous êtes en train de me dire que vous ne voulez pas gagner d’argent ?

C’est clair, net et précis : pas de pub que du bouche à oreille, pas de modèle économique à proprement parlé, et même s’il y a des pistes ça restera gratuit. On est deux à répondre à l’interview mais la liste des collaborateurs est longue : ceux qui ont donné un coup de main à la programmation, le graphiste qui a fait le logo, ceux qui démarchent les partenaires, les associations ou les petits commerces. On veut que jet1vite soit participatif,  hors de question que soit payant.
Le marché de la ConsoCollab a déjà ses géants. A notre niveau on ne peut pas lutter : les sites de ConsoCollab sur la même niche que nous sont nombreux (NDLR : All-together par exemple, un nouveau dans le paysage). Le but est de faire naître un concept avant tout et sans demander de dons, sinon on devrait rendre des comptes. Tant que le site arrive à tourner, tout va bien.

C’est donc du travail bénévole ?

On ne peut pas quantifier les heures passées au développement du site. On ne peut pas vous dire combien de temps le membre graphiste a passé pour les logos… Un autre membre nous propose une vidéo de présentation, on n’y avait même pas pensé ! Un Montpelliérain nous aide à la programmation. Pour notre part, on intervient sur les petits détails de programmation suivant ce qui ne va pas. C’est peut-être des séances de deux ou trois heures, mais ce n’est pas considéré comme du travail.  

En somme, vous êtes un site OpenSource ?

Attention, OpenSource dans l’idée pas dans la programmation. On est ouvert à toutes les propositions et après on construit, on valide. On met l’accent sur l’architecture sociale du site : comment est-ce possible ? Comment fait-on pour qu’un membre offre quelque chose sans rien attendre en retour. On veut développer un sentiment communautaire grâce à l’historique des membres. On essaie de voir les meilleurs modèles, ceux qui fonctionnent.

Offrir une place de ciné à un inconnu, c’est plutôt surprenant ?

Vous avez peut-être une carte UGC illimitée pour deux, vous avez peut-être des bonnes connaissances dans le milieu de la nuit, des entrées gratuites au musée, vous avez peut-être des places de voyages de votre comité d’entreprises que vous n’utiliserez pas… c’est le partage des plans de débrouille de chacun.

Et l’on peut faire toute sorte d’invitation, y compris à un salon érotique ?

Le site est interdit aux moins de 18 ans, c’est un salon comme un autre, il n’y a rien d’illégal ou problématique tant qu’il n’y pas de prostitution. La seule contrainte c’est que ça soit gratuit, vous êtes invité à 100 %. On veut donner le champ libre aux membres, parfois ils proposent des trucs on ne sait même pas dans quelle catégorie les classer. 

On peut même proposer un covoiturage gratuit…

Oui, mais est-ce bien utile sur un site qui a peu de visibilité de proposer un trajet Reims-Orléans ? L’avantage d’un covoiturage gratuit c’est qu’il reste sur l’historique du membre, les gens voient que le membre est un donneur. Plus tard s’il postule à une invitation, l’envie de le choisir sera là, c’est du donnant-donnant.

De l’érotisme, du covoiturage, oui. Mais pas de religion, pas de politique, pas de sorties entre mecs ou entre filles, ne craignez vous pas une dérive naturelle, un hacking inconscient opéré par les membres ? 

On ne peut rien y faire, chacun est responsable de son invitation. Si c’est illégal toutes les infos sont vérifiables, les invits sont modérées et validées par un de nos membres. Les sorties religieuses ne passeront pas. Le salon érotique ou la sortie entre homme avec bière autour du match de foot relèvera plus d’une décision arbitraire du modérateur. On peut nous faire un procès d’intention pour ça.

Vous demandez peu d’informations au moment de l’inscription, comment développer la confiance sur Jet1vite ?

Quand vous vous inscrivez, vous devez proposer une invitation. Cela a deux fonctions : se présenter en proposant quelque chose, ensuite les annonces constituent la partie principale de votre historique. Cela permet de vous « fiabiliser ». Cette méthode permet de dégraisser les profils fantômes, les utilisateurs non actifs. Nous ne sommes pas dans la course aux membres et aux clics, comme dit Antonin Léonard, il vaut mieux avoir une communauté de 100 membres actifs que 10 000 inactifs. On partage. Du coup les membres nous donnent un coup de main.

Mais une fois que l’invitation est passée, comment se déroule le retour sur expérience : commentaires ou notations ?

Il n’y pas de commentaires généraux sur les profils, genre : « il est cool, il est charmant », ce n’est pas intéressant. Les commentaires se font sur les invitations, on les retrouve sur les profils des membres actifs avec les livres proposés, l’historique et le nombre des invitations. En cliquant tous les commentaires des invitations du membre s’ouvre dans une nouvelle fenêtre. Vous pouvez savoir si le film s’est bien déroulé, si le membre est fiable.

Donc pas de notation ?

Comment donner une valeur à une rencontre avec des étoiles ou des pouces ? Les rencontres font partie intrinsèque du site. Tout est concentré sur les invitations, j’ai vu un film qui m’a plu, je peux en discuter avec un autre membre. Le nouveau membre avec son profil vierge et sans photo part, il est vrai, avec un handicap au niveau de sa fiabilité.

En début d’interview vous évoquiez le point négatif de la ConsoCollab, on est obligé d’avoir un profil sur chaque site sans pouvoir concentrez toutes ces expériences sur un profil…

Attention c’est flippant ! Tout intégrer dans un seul profil ? C’est le rêve de Big Brother.
Avec jet1vite tu proposes une place à un inconnu plutôt qu’à un proche… au fond ce n’est pas bien dramatique, mais ça reste en mémoire et cela peut créer des conflits interpersonnels. Le fameux « Trustman » de Frédéric Mazzella (NDLR : pdg de Blablacar) et le rêve d’une application unique pour concentrer toute les expériences de la ConsoCollab nous fait peur. En revanche l’idée d’une cartographie, nous apparaît comme une bonne initiative.

Les membres de Jet1vite sont dans les grandes villes (NDLR : plus de 100 000 habitants), d’ailleurs à l’inscription on ne trouve pas les petites villes…

Le site marche de bouche à oreille. 90 % des invits sont proposées sur Paris. C’est là que les gens se rencontrent facilement. A Orléans, par exemple, on n’a pas de visibilité… même si c’est gratuit. A part Paris, le site marche bien à Montpellier et Lyon.

Ce qui explique que la plupart des membres sont des vingtenaires et des trentenaires urbains ?

Oui, mais une membre à Avignon démarche les commerçants pour lancer le site. On s’inscrit dans le penser global et l’agir local. Si on trouve quelqu’un pour agir dans sa commune il a quartier libre pour promouvoir le site. Les contacts de face à face donnent un côté sûr au site. 

Vous trouvez donc des personnes âgées pour promouvoir la gratuité, n’est-ce pas quelque chose qui concernent les jeunes qui ont grandi au biberon du peer-to-peer ?

On a demandé des trucs gratuits à des commerçants. Surprise : ils ont été d’accord, ils sont prêts à faire la démarche. Mais une fois l’offre postée ce sont les jeunes qui vont postuler. Par exemple un bar qui offre des cocktails gratuits…

Vous avez un membre qui s’occupe du partenariat avec les associations, expliquez votre démarche.

Fabrice est avec nous, il est engagé dans le milieu associatif et sert de relais avec par exemple les Sel (Service d’échanges locaux) et les associations d’échanges de savoirs. Ces associations ont des listes de membres, de compétences et mettent en relations les gens. Elles existent depuis 25 ans, mais sont très contraignantes, il faut adhérer, espérer que la bonne compétence soit dans l’assos , prendre rendez-vous… il est donc intéressant pour eux d’être sur le site. Autre exemple, les crossbooking hebdomadaires dans les quartiers c’est bien, mais trop figés dans le réel, on veut donner une marge virtuelle. Mais il faut bien comprendre que le site ne fonctionne pas qu’en virtuel, ce n’est pas uniquement par les réseaux sociaux que la confiance arrive.

Jet1vite dans le futur ?

L’idée est de développer un esprit : c’est possible d’inviter gratuitement sans rien demander en échange. C’est important dans le contexte actuel. Beaucoup partent d’un modèle économique pour développer un concept. Nous, ont fait l’inverse.

Propos recueillis par Aurélien Marty

www.jet1vite.com : site d’invitations entre particuliers : livres, ciné, musée, covoiturage…etc.

4 réflexions au sujet de « Jet1vite : l’ovni de la Consommation Collaborative »

  1. Ping : Jet1vite : l'ovni de la Consommation Collaborat...

  2. Ping : Jet1vite : l'ovni de la Consommation Collaborat...

  3. Ping : Freecycle : un détournement naturel opéré par les utilisateurs | La Vie Cheap

  4. Ping : La ConsoCollab : faites-là vous-même ! | LA VIE CHEAP

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s