La consommation collaborative selon les fondateurs d’I Lok You

Le 11 avril dernier lors du lancement de la plateforme I Lok You, Edouard Dumortier, CEO et fondateur de la plateforme, a remis à la presse un livre blanc : « L’avènement de la consommation collaborative : quel modèle économique en France en 2030 ? » 
Ce livre blanc sera rendu public à la fin du mois. A travers ce point de vue, je souhaite livrer quelques « bonnes feuilles » et donner mes premières reflexions et critiques. Ce point de vue  ne traitera pas du livre blanc dans son exhaustivité.
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Des éléments de pertinence dans le constat
Comme le projet I Lok You, le titre de ce livre blanc est ambitieux. Bien documenté, avec de nombreux chiffres, sondages et autres intervenants, pertinent dans le constat de la multi-crise (économique, politique, sociale bancaire p.5 et 6), de l’explosion d’Internet et des nouvelles habitudes de consommation (p. 7 et 8). Ce livre blanc donne une vision entrepreunariale de la ConsoCollab axée sur les individus définie comme simple consommateur. Un document intéressant mais qui souffre de failles logiques et laisse des questions sans réponses.

Dans l’introduction p.4 : « Ils (les Français) se tournent massivement vers la consommation collaborative, ce qu’ils vivent autant comme une obligation que comme la solution qui leur permettra de continuer à hyper consommer. » Une hyper consommation défini bien plus tard dans la dernière partie p.17 « Il (le consommateur) continuera à hyper consommer, mais possèdera nettement moins de choses. Sa consommation sera différente. Elle sera avant tout conditionnée à des principes de « proche », de « durable » et de « bon pour la santé » (…) Si Internet devient un réflexe systématique pour les Français, ils le doivent en grande partie à l’objet fétiche dont ils ne peuvent plus se passer : leur smartphone. »

Pour Edouard Dumortier, l’avènement de la consommation collaborative est un processus résultant de la crise et de l’explosion d’Internet (Partie 1 p.5 à 8). Rien dans les descriptions dece processus n’est dit sur les combats écologiques menés dans les champs politiques et associatifs depuis plusieurs décénnies. La ConsoCollab est une obligation et une solution, non le choix de vivre, de travailler et de consommer autrement. Les tiers-lieux francophones et les espaces de coworking français qui soutiennent la ConsoCollab travaillent pourtant en intelligence collective, c’est-à-dire dans une économie collaborative et horizontale, où compétences et connaissances sont partagées. On peut aussi soulever la question des usages numériques qui restent encore à démocratiser. Si les adeptes du smartphones sont nombreux (26 millions selon le livre blanc), toute la population ne s’est pas encore appropriée le numérique pour sa consommation.

Des failles logiques

Dans la deuxième partie (P.9), la ConsoCollab est présentée comme « un marché mondial (…) estimé à 100 milliards de dollars. Rien qu’aux Etats-Unis, ce sont 400 Millions de dollars qui auraient été investis dans les startups du secteur au cours du premier semestre 2012. » Le marché de l’occasion (achats groupés, trocs, location entre particuliers…) de plus en plus utilisé s’inscrirait dans ce marché. Elle aurait donc tendance à s’imposer de manière durable. Mais dans l’interprétation de ce phénomène on trouve quelques failles logiques.

Page 10 on lit : « Si les entreprises traditionnelles n’ont pas conscience de l’ampleur du phénomène, elles n’ont (…) pas à s’inquiéter pour autant, la consommation de masse ayant encore de beaux jours devant elle ! » Puis page 11, « D’autant que le monde économique doit faire face à une autre problématique, une menace vitale à court terme pour bon nombre d’entreprises : la paupérisation de l’Europe (…) à l’instar de ce qui est pratiqué dans les pays émergents, Unilever va désormais réduire ses conditionnements pour les adapter aux « budgets courses » des ménages qui ne cessent de diminuer. »

La ConsoCollab n’empêcherait donc pas l’hyperconsommation pratiquée depuis les trentes glorieuses ? Pourtant elle promeut l’usage, le partage, la réutilisation, le recyclage, au détriment de la propriété. Et si on parle d’hyper consommation on doit parler de l’hyper production.

P.12 : « Pour l’Etat comme pour les médias, la consommation collaborative, de par ses dimensions « Système D », « Ecologie » et « Lien social », suscite la bienveillance, voir même la sympathie. » Puis page 13, « L’essor définitif de la consommation collaborative passera inévitablement par une régulation du secteur. L’Etat comme l’Entreprise, n’ayant pas mesuré l’ampleur du phénomène, n’ont ni l’un ni l’autre anticipé ses impacts pour réglementer cette nouvelle forme de commerce. »
Un point n’est pas clair : dans quelle mesure l’Etat et l’Entreprise et les médias ont-ils conscience du phénomène ? Aussi, la législation et les taxes sur les plateformes de ConsoCollab seront-elles nécessaires ? Quelle loi ? Quel cadre ? Une loi sur l’économie sociale et solidaire sera bientôt discutée à l’assemblée nationale, elle pourrait s’appliquer à la ConsoCollab. Nous en rediscuterons ici bientôt.
Mais pour Edouard Dumortier la réponse est claire : p.13 « la réglementation de ce secteur d’avenir est nécessaire et souhaitable, car elle est le seul moyen d’organiser et de structurer cette nouvelle économie. »  

Point aveugle : la question de la production

La dernière partie du livre blanc « Quel modèle économique en France en 2030 ? » propose des nouveaux modèles de production et de consommation. Pour autant le raisonnement n’est pas mené jusqu’au bout. On apprend que les industriels doivent se réinventer. Les constructeurs automobiles ont emboité le pas en se lançant dans l’auto-partage : BMW, Mercedès, Volkswagen et Cirtoën. p.15 : « L’étude la plus aboutie à ce jour sur l’auto-partage réalisée par des enseignants de l’Université de Berkeley a montré qu’une voiture partagée remplaçait de 9 à 13 voitures. (…) Stefan Vanoverbeke, DG France d’Ikéa, déclarait en octobre 2012 que « nous réfléchissons à généraliser le marché de l’occasion. » Une deuxième vie pour les biens de consommation qui implique une baisse de la production. Demain que ferons-nous des producteurs, des ouvriers de l’automobile par exemple ? Quelles seront les reconversions possibles ? Economiquement et socialement, quelles seront les transformations au travail ?

2030, trop loin, trop tard ?

« En 2030, l’augmentation de l’espérance de vie fait que nous ne serons plus 3, mais 4 générations à  co-exister en France. Les barrières entre ces générations vont tomber. Les seniors seront parfaitement à l’aise avec l’outil informatique et les jeunes seront sensibles au « fait-main », au « durable » et au « terroir ». » p.19.  La prévision est optimiste mais elle se heurte à une contrainte : l’appropriation du numérique et de l’économie collaborative par tous. Aussi, il me semble plus juste et plus logique de dire que l’écologie et les territoires vont transformer la consommation, donc à terme les modes de vie, et non l’inverse.

Enfin au regard des enjeux écologiques, 2030 n’est-ce pas trop tard ? Après la consommation collaborative ne faut-il pas espérer l’émergence de l’économie du partage dans les prochaines années ?

Aller plus loin…

Une économie du partage qui fonctionnerait en peer to peer et non en plateforme où les individus partagent biens et services en mode collaboratif et horizontale. Ainsi que nous le pratiquons déjà avec le partage de la connaissance sur wikipédia.
Et faisons un rêve : ces mêmes plateformes de ConsoCollob ne seront-elles pas supplantées par la gratuité et les communautés de dons qui connaissent aujourd’hui un succès confidentiel ?

Il faut noter que les guides de consommation collaborative et autres livre blanc se multiplient depuis plusieurs années sous forme de sites ou de livres.
« L’avènement de la consommation collaborative : quel modèle économique en France en 2030 ? » reste néanmoins pertinent. C’est une photographie en 2013 de la ConcoCollab, par un entrepreneur qui souhaite prendre part au processus et y faire adhérer le plus grand nombre.

4 réflexions au sujet de « La consommation collaborative selon les fondateurs d’I Lok You »

  1. Said Al

    Article captivant pour ma part!
    Cela démontre bien que la consommation collaborative n’est pas qu’un feu de paille.
    Néanmoins, en lisant le livre blanc, j’ai trouvé regrettable le fait de mettre autant l’accent sur « l’effet crise » pour expliquer l’essor de la CC.
    Car de tout temps le consommateur a chercher le meilleur prix. Cela équivaut à dire que le succès des vols low cost résulte en partie de la crise ou que l’industrie du disque se meurt depuis la crise. La CC est simplement un bon moyen de baisser les prix. Crise ou pas (je ne parle que du coté économique sans mentionner les nombreux autres avantage de la CC)
    Hormis ce point le reste du livre blanc est complet avec beaucoup de chiffres à la clé!

    « Et faisons un rêve : ces mêmes plateformes de ConsoCollob ne seront-elles pas supplantées par la gratuité et les communautés de dons qui connaissent aujourd’hui un succès confidentiel ? »
    Si ce jour arrive, c’est plateformes de consocollab devront faire face au même problème d’adaptation que subis le commerce actuelle face à la consocollab🙂

    Répondre
    1. @LaVieCheap Auteur de l’article

      Merci Said, je te rejoins complétement !
      « Si ce jour arrive, c’est plateformes de consocollab devront faire face au même problème d’adaptation que subis le commerce actuelle face à la consocollab  » Voilà un point sur lequel nous pouvons longuement discuter ! aurélien@laviecheap.fr

      Répondre
  2. Said Al

    Si l’évolution de la CC est en train de passer par un coté « réseau social » ex: ilokyou ,myrecyclestuff ou encore frizbiz… existe t’il des réseaux sociaux de dons?

    Répondre
  3. Ping : Le Livre Blanc d’I Lok You est disponible | La Vie Cheap

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